Eros
Si la fin de ce monde devait donc advenir
Combien d'âmes en ce monde devraient alors périr ?
Puissants fleuves de larmes, torrents de coups férir
Rivières chariant du sang et même ichôr gésir
Le flamboiement crépite, s'agitent les mots pour dire
Le déluge infernal, les paroles pour maudire
La coupe de Saint-Graal faite égide de l'ire
Le char au sort fatal est dissonnante lyre
Renverse les étals la coupole qui se mire
Bûcher des vanités, ténèbres qui aspirent
Fléau au cœur sacré, accepte alors ma myrhe
Archange sans pitié, reçois l'or qui inspire
Sentence qui fait trembler en l'encens tu peux lire
Ô Seigneur prends pitié, ouïs notre Repentir !
La nuit aux deux seins blancs voluptueusement
Accueille le rêvant très consciencieusement
Recueille les amants très scrupuleusement
Ecueille les manants très langoureusement
Ses rayons argentés tissent l'air éthéré
En dentelle araignée dedans l'éternité
Une lune égayée, étoiles énamourées
Sème des grains d'été en ces corps mélangés
De sable le marchand a étreint les amants
Corps et âmes enlacés d'aimer jamais lassés
S'aimantent doucement en un martèlement
Répété, saccadé, sans discontinuer
La nuit aux deux saints blancs illuminant le monde
Recélait en son sein la lune toute ronde
Un trésor argenté conférant un blanc seing
A ceux qui s'y vouaient lorsque l'astre est éteint.

